Flexibilité énergétique : pourquoi un bon contrat commence par des données par usage
La flexibilité énergétique désigne la capacité à moduler une consommation, une production ou un stockage d’énergie pour mieux adapter les usages aux moments où l’électricité est disponible, moins chère ou moins carbonée. Dans les bâtiments tertiaires, elle consiste notamment à décaler temporairement certaines consommations électriques pilotables, sans dégrader le confort ni l’exploitation du site.
Pour les propriétaires d’immeubles tertiaires, l’intérêt est concret : cette capacité de décalage peut devenir une nouvelle source de revenus.
C’est précisément le rôle de Tilt Energy, opérateur de flexibilité qui accompagne les bâtiments dans l’identification, le pilotage et la valorisation de leurs consommations électriques décalables. Dans l’immobilier tertiaire, Tilt Energy s’intéresse principalement aux équipements CVC (chauffage, ventilation, climatisation) électriques pilotables, comme le chauffage électrique, les rooftops, les CTA (centrales de traitement d’air) et les équipements associés, à condition qu’ils puissent être activés à distance via une GTB ou une solution de pilotage CVC.
Mais l’intérêt ne s’arrête pas à la rémunération. En décalant certaines consommations vers des périodes où l’électricité est moins carbonée, la flexibilité énergétique peut aussi contribuer à réduire l’empreinte carbone du bâtiment. À l’échelle collective, elle participe à un système électrique plus abordable et plus décarboné, en limitant le recours aux moyens de production les plus coûteux ou les plus émetteurs lors des périodes de tension.
Avant de signer un contrat, une question reste centrale : quelle part de la consommation du bâtiment peut réellement être décalée, pilotée et rémunérée ?
Nous avons échangé avec Guillaume LOUAT, Co-fondateur de Tilt Energy, sur la manière de fiabiliser ce diagnostic et l’importance des données par usage fournies par Smart Impulse.
Flexibilité énergétique : de quoi parle-t-on exactement ?
Guillaume LOUAT : La flexibilité énergétique, c’est la capacité à adapter une consommation ou une production d’énergie en fonction d’un besoin. Dans l’électricité, cela revient à moduler la puissance appelée par un bâtiment ou un équipement.
L’effacement électrique est une forme particulière de flexibilité. C’est une flexibilité à la baisse : on réduit ou on décale une consommation pendant une période donnée.
Pour un propriétaire de bâtiment tertiaire, la traduction est simple : si certains équipements peuvent être pilotés sans impact sur le confort ou l’exploitation, cette capacité peut être valorisée financièrement dans un contrat de flexibilité.
Aujourd’hui, on parle davantage de flexibilité que d’effacement, car le sujet devient plus large. Il ne s’agit pas seulement de réduire une consommation à un instant donné. Il peut aussi s’agir de la déplacer vers des moments plus favorables, par exemple lorsque l’électricité est plus abondante ou moins carbonée.
Dans le tertiaire, cela concerne surtout des équipements qui disposent d’une certaine inertie ou d’une marge de pilotage, notamment les équipements CVC électriques. L’objectif reste toujours le même : préserver le confort et le fonctionnement du bâtiment.
Pourquoi la flexibilité énergétique devient-elle un sujet pour l’immobilier tertiaire ?
G.L. : Parce que de plus en plus de bâtiments tertiaires disposent de systèmes de pilotage : GTB, supervision énergétique ou solutions CVC connectées.
Ces systèmes permettent d’agir à distance sur certains équipements, notamment le chauffage électrique, les rooftops ou les CTA. Ce sont des usages qui peuvent représenter une puissance significative dans un bâtiment, tout en offrant parfois une souplesse de fonctionnement.
Le potentiel dépend de plusieurs facteurs : la part de chauffage électrique, la présence d’équipements CVC pilotables, l’état de la GTB, la capacité à envoyer un signal de pilotage et les contraintes de confort.
Comment commence un diagnostic de flexibilité énergétique ?
G.L. : On commence généralement par analyser la courbe de charge globale du site, c’est-à-dire la consommation électrique agrégée du bâtiment.
À partir de cette courbe, on essaie d’isoler la part liée au chauffage électrique. Pour cela, on peut croiser la consommation avec la température extérieure. Quand il fait plus froid et que la consommation augmente, cela donne une indication sur la puissance probablement liée au chauffage.
Cette première analyse permet d’estimer un potentiel. On peut dire au propriétaire : “Nous pensons qu’il existe telle puissance de chauffage électrique sur ce site ; si elle est pilotable, elle peut être valorisée dans un contrat de flexibilité.”
Mais à ce stade, il faut rester prudent. On reste sur une première estimation, réalisée à partir d’une courbe globale. Elle permet d’ouvrir la discussion, mais elle ne suffit pas pour s’engager sur un volume. Avant de construire le contrat, il faut vérifier quels équipements sont réellement présents sur site, lesquels sont pilotables, et quelle part de la consommation peut effectivement être décalée.
Quel rôle jouent les données par usage de Smart Impulse ?
G.L. : Une courbe de charge globale ne dit pas précisément quels équipements consomment, ni lesquels sont pilotables.
Un bâtiment peut présenter une consommation qui ressemble à du chauffage électrique, mais cela ne veut pas dire que toute cette puissance est valorisable. Par exemple, un site peut avoir plusieurs rooftops, mais un seul raccordé au système de pilotage. Dans d’autres cas, on peut identifier des radiateurs électriques résistifs dans les bureaux : ils consomment bien de l’électricité et apparaissent comme du chauffage, mais s’ils ne sont pas pilotés, ils ne peuvent pas entrer dans le contrat de flexibilité.
C’est là que le risque de surestimation apparaît. On peut identifier une puissance théorique, mais une partie de cette puissance ne sera pas activable. Pour un propriétaire, cela peut créer une attente de revenus trop élevée. Pour l’opérateur, cela peut créer un risque au moment de l’activation.
Les données par usage de Smart Impulse permettent de rendre ce diagnostic beaucoup plus fiable. On ne regarde plus seulement la consommation totale du bâtiment : on distingue les grands postes, comme le chauffage, le CVC, la ventilation, l’éclairage, l’informatique ou d’autres usages spécifiques.
Pour nous, cette information est très utile parce qu’elle permet d’isoler plus précisément la part liée aux équipements CVC électriques, puis de vérifier ce qui est effectivement pilotable.
En quoi les données par usage sécurisent-elles le contrat ?
G.L. : Un contrat de flexibilité repose sur une puissance que l’on estime décalable. Si cette puissance est mal évaluée, le contrat peut être mal dimensionné.
Pour le propriétaire, cela peut créer une attente de revenus trop élevée. Pour l’opérateur, cela crée un risque lors des activations, car la puissance réellement disponible peut être inférieure à ce qui avait été prévu.
Les données par usage permettent donc de sécuriser l’engagement : elles confirment quels usages consomment, quels équipements peuvent être pilotés, et quelle puissance peut réellement être décalée.
Quel est le rôle de la GTB dans la flexibilité énergétique ?
G.L. : Dans la plupart des cas, il faut un système de pilotage connecté et fonctionnel. Cela peut être une GTB ou une solution qui vient en complément de la GTB.
L’objectif est simple : quand un signal de flexibilité est envoyé, il doit pouvoir être traduit en action concrète sur les équipements.
Le décret BACS pousse les bâtiments tertiaires à s’équiper de systèmes d’automatisation et de contrôle. Mais il ne suffit pas d’avoir une GTB sur le papier. Il faut qu’elle soit exploitable, connectée, maintenue, et capable de piloter les bons équipements.
Dans le parc tertiaire, les situations restent très hétérogènes : certains bâtiments ne sont pas pilotés, d’autres disposent d’une GTB ancienne ou difficile à exploiter, et les bâtiments avec une GTB réellement fonctionnelle ne sont pas encore majoritaires.
Cela montre bien que la flexibilité repose sur plusieurs briques : d’abord la donnée pour identifier le potentiel, ensuite le pilotage pour activer les équipements, enfin l’opérateur pour valoriser la consommation décalable.
FAQ — Flexibilité énergétique et immobilier tertiaire
Qu’est-ce que la flexibilité énergétique ?
La flexibilité énergétique est la capacité à moduler une consommation, une production ou un stockage d’énergie. Dans un bâtiment tertiaire, elle consiste surtout à décaler certains usages électriques pilotables, notamment des équipements CVC.
Quelle est la différence entre flexibilité énergétique et effacement électrique ?
L’effacement électrique est une forme de flexibilité à la baisse : le bâtiment réduit temporairement sa consommation. La flexibilité énergétique est plus large : elle peut inclure la réduction, le décalage ou l’augmentation ponctuelle de certaines consommations selon les besoins et les opportunités.
Pourquoi les données par usage sont-elles importantes ?
Elles permettent de savoir quelle part de la consommation provient réellement du chauffage, du CVC, de la ventilation, de l’éclairage ou d’autres usages. Sans cette distinction, le potentiel de flexibilité peut être mal calibré.
Une GTB est-elle nécessaire pour faire de la flexibilité énergétique ?
Dans la plupart des cas, oui. Une GTB, ou une solution de pilotage CVC complémentaire, est nécessaire pour traduire un signal de flexibilité en action concrète sur les équipements.
Comment un propriétaire est-il rémunéré ?
Un propriétaire est rémunéré pour la capacité de son bâtiment à décaler une consommation électrique pilotable. Plus cette capacité est fiable et correctement mesurée, plus le contrat peut être sécurisé.
Pour aller plus loin :


